META - FRANÇAIS - 10 septembre 1999
Le bulletin du traducteur spirituel
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Vous n'êtes pas obligé de lire le Colonel Chabert. Moi j'adore le style de Balzac. Je vais bientôt arrêter les contrepèteries et les blagues et orienter META vers les questions de traduction: ce qui se fait dans le monde, résumés des colloques, problèmes de traduction et j'invite tous les traducteurs qui lisent META à m'envoyer des idées, des tuyaux et aussi à poser des questions. Je voudrais bien faire un forum, mais dans un forum ou tout le monde reçoit les messages de tout le monde, cela finit par faire beaucoup de messages qui débarquent sur l'écran. Alors pour l'instant, allez-y, je filtre et je dissémine. Je poserai vos questions à tout le monde et le META suivant vous avez (je l'espère) la ou les réponses à ce qui vous préoccupe.
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DANS META AUJOURD'HUI
1. CONTREPÈTERIES
2. BLAGUES
2. LE COLONEL CHABERT (1832) (Suite)
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1. CONTREPÈTERIES
La femme du colonel adore l'AIR de la bAse.
Souvenir des amours de Johnny Halliday et Silvie Vartan :
Le conFORT de Sylvie lui a enlevé le goût du rock/.
- Ce chef d'orchestre bRave de la b/aguette, quelle fOrce errAtique!
- Titre d'un meeting devant la Halle aux vins : Bas les PATTes devant la ChINe!
- Transfert d'un évêque à un autre poste : C'est demain matin que Mgr Marty va
laiSSer l'évêCHé.
2. BLAGUES
Il y a quelques années déjà, dans une région française très très reculée (non, je ne citerai pas de nom...), un médecin voulait prendre une journée de repos pour aller à la pêche. Alors il passe un coup de fil au véto pour lui demander de tenir la boutique le temps qu'il revienne. L'ami véto lui répond: "D'accord. Tu as des consignes à me donner?" Le médecin lui dit: "Il y a la Mère Machin qui n'en a plus pour très longtemps avant d'accoucher, mais je ne pense pas que le bébé sera là avant que je revienne. De toute façon, si c'est le cas, tu n'auras qu'à vérifier que tout s'est bien passé et que la délivrance s'est bien faite. C'est son troisième accouchement et les deux premiers bébés sont passés comme des lettres à la poste." L'ami véto répond: "C'est d'accord" Et le médecin s'en va pêcher.
Lorsqu'il revient, il appelle le véto pour savoir si tout s'est bien passé: "Alors comment ça a été?"
"Très bien." répond le véto.
"Et la Mère Machin, elle a eu son petit?"
"Eh oui, un beau garçon de 4 kg! Tout s'est bien passé."
"Aucun problème alors?"
"Oh, juste un tout petit embêtement..."
"Quoi donc?" demande le médecin
"J'ai eu énormément de mal à la forcer à manger le placenta!"
Blagues courtes XI
C'est une femme qui consulte son gynéco:
- Docteur, mon mari me dit que mon sexe est trop grand, enfin trop large quoi...
- Déshabillez-vous, je vais vous donner mon avis.
La femme se déshabille et se met sur la table d'auscultation. Et là le docteur crie:
- Quelle chatte immense!! Quelle chatte immense!!
La femme lui répond:
- Vous auriez pu vous abstenir de le crier deux fois de suite!
Le docteur:
- Mais je ne l'ai dit qu'une fois...
Le vieux Marcel va à la ville pour emmener son chien malade chez le vétérinaire. Celui-ci lui demande:
- Il est tatoué ce chien?
Le vieux Marcel, vexé, lui répond (avec l'accent):
- Ma! Pour sûr qu'il est è moué!
C'est 2 étudiants en médecine qui prennent un verre à la terrasse d'un café. L'un des deux avise un passant qui avance d'une démarche hésitante et précautionneuse:
- Tiens, je te parie que ce type souffre d'hémorroïdes
- T'es louf ? Ce mec a une blenno, c'est évident !
- Bon on va lui demander, il va nous mettre d'accord.
Ils se lèvent et abordent le pauvre gars:
- Bonjour monsieur, excusez- nous, nous sommes étudiants en médecine, j'ai parié que vous souffriez d'hémorroïdes, mon copain pense plutôt qu'il s'agit d'une chaude-pisse, alors qu'avez-vous en réalité ?
- Et bien vous voyez, on s'est trompé tous les trois. Moi je pensais que c'était juste un pet...
Dans la campagne, avant la guerre, une sage-femme arrive dans une maison pour l'arrivée d'un heureux évènement. Elle rentre dans la chambre de la future maman, laissant le père dehors, puis ressort au bout de 5 minutes en demandant une tenaille. Le père, passablement inquiet va chercher la tenaille, et la sage-femme prend l'objet et referme la porte sans laisser le loisir au père de regarder. 5 minutes plus tard elle ressort en sueur et demande une scie à métaux. Le père va la chercher, franchement blanc, et la sage-femme rentre dans la chambre avec la scie. Puis 5 minutes plus tard, la sage-femme ressort l'air abattu, le père demande alors, d'une voix blème et rauque:
- Il y a un problème? Que se passe-t'il?
- Il va falloir appeler une autre sage-femme... J'arrive pas à ouvrir ma sacoche.
3. Le colonel Chabert (1832) (suite)
-- Est-ce le colonel mort à Eylau ? demanda Hulé qui n'ayant encore rien dit était jaloux d'ajouter une raillerie à toutes les autres.
-- Lui-même, monsieur », répondit le bonhomme avec une simplicité antique. Et il se retira.
« Chouit !
-- Dégommé !
-- Puff !
-- Oh !
-- Ah !
-- Bâoun !
-- Ah ! le vieux drôle !
-- Trinn, la, la, trinn, trinn !
-- Enfoncé !
-- Monsieur Desroches, vous irez au spectacle sans payer », dit Huré au quatrième clerc, en lui donnant sur l'épaule une tape à tuer un rhinocéros.
Ce fut un torrent de cris, de rires et d'exclamations, à la peinture duquel on userait toutes les onomatopées de la langue.
A quel théâtre irons-nous ?
-- A l'Opéra ! s'écria le Principal.
-- D'abord, reprit Godeschal, le théâtre n'a pas été désigné. Je puis, si je veux, vous mener chez Mme Saqui.
-- Mme Saqui n'est pas un spectacle, dit Desroches.
-- Qu'est-ce qu'un spectacle ? reprit Godeschal. Établissons d'abord le point de fait .
Qu'ai-je parié, messieurs ? un spectacle. Qu'est-ce qu'un spectacle ? une chose qu'on voit...
-- Mais dans ce système-là, vous vous acquitteriez donc en nous menant voir l'eau couler sous le Pont-Neuf ? s'écria Simonnin en interrompant.
-- Qu'on voit pour de l'argent, disait Godeschal en continuant.
-- Mais on voit pour de l'argent bien des choses qui ne sont pas un spectacle. La définition n'est pas exacte, dit Desroches.
-- Mais, écoutez-moi donc !
-- Vous déraisonnez, mon cher, dit Boucard.
-- Curtius est-il un spectacle ? dit Godeschal.
-- Non, répondit le Maître clerc, c'est un cabinet de figures.
-- Je parie cent francs contre un sou, reprit Godeschal, que le cabinet de Curtius constitue l'ensemble de choses auquel est dévolu le nom de spectacle. Il comporte une chose à voir à différents prix, suivant les différentes places où l'on veut se mettre.
-- Et berlik berlok , dit Simonnin.
-- Prends garde que je ne te gifle, toi !» dit Godeschal.
Les clercs haussèrent les épaules.
« D'ailleurs, il n'est pas prouvé que ce vieux singe ne se soit pas moqué de nous, dit-il en cessant son argumentation étouffée par le rire des autres clercs. En conscience, le colonel Chabert est bien mort, sa femme est remariée au comte Ferraud, conseiller d'État. Mme Ferraud est une des clientes de l'étude !
-- La cause est remise à demain, dit Boucard. A l'ouvrage, messieurs ! Sac-à-papier !
l'on ne fait rien ici. Finissez donc votre requête, elle doit être signifiée avant l'audience de la quatrième Chambre. L'affaire se juge aujourd'hui. Allons, à cheval.
-- Si c'eût été le colonel Chabert, est-ce qu'il n'aurait pas chaussé le bout de son pied dans le postérieur de ce farceur de Simonnin quand il a fait le sourd? dit Desroches en regardant cette observation comme plus concluante que celle de Godeschal.
-- Puisque rien n'est décidé, reprit Boucard, convenons d'aller aux secondes loges des Français voir Talma dans Néron. Simonnin ira au parterre. »
Là-dessus, le Maître clerc s'assit à son bureau, et chacun l'imita.
« Rendue en juin mil huit cent quatorze (en toutes lettres), dit Godeschal, y êtes-vous ?
-- Oui, répondirent les deux copistes et le grossoyeur dont les plumes recommencèrent à crier sur le papier timbré en faisant dans l'étude le bruit de cent hannetons enfermés par des écoliers dans des cornets de papier.
-- Et nous espérons que Messieurs composant le tribunal , dit l'improvisateur. Halte ! il faut que je relise ma phrase, je ne me comprends plus moi-même.
-- Quarante-six... Ça doit arriver souvent !... Et trois, quarante-neuf, dit Boucard.
-- Nous espérons , reprit Godeschal après avoir tout relu, que Messieurs composant le tribunal ne seront pas moins grands que ne l'est l'auguste auteur de l'ordonnance, et qu'ils feront justice des misérables prétentions de l'administration de la grande chancellerie de la Légion d'honneur en fixant la jurisprudence dans le sens large que nous établissons ici...
-- Monsieur Godeschal, voulez-vous un verre d'eau ? dit le petit clerc.
-- Ce farceur de Simonnin ! dit Boucard. Tiens, apprête tes chevaux à double semelle, prends ce paquet, et valse jusqu'aux Invalides.
-- Que nous établissons ici , reprit Godeschal Ajoutez : dans l'intérêt de madame ... (en toutes lettres) la vicomtesse de Grandlieu ...
-- Comment ! s'écria le Maître clerc, vous vous avisez de faire des requêtes dans l'affaire vicomtesse de Grandlieu contre Légion d'honneur, une affaire pour compte d'étude, entreprise à forfait ? Ah ! vous êtes un fier nigaud ! Voulez-vous bien me mettre de côté vos copies et votre minute, gardez-moi cela pour l'affaire Navarreins contre les Hospices. Il est tard, je vais faire un bout de placet, avec des attendu , et j'irai moi-même au Palais... »
Cette scène représente un des mille plaisirs qui, plus tard, font dire en pensant à la jeunesse : « C'était le bon temps ! »
Vers une heure du matin, le prétendu colonel Chabert vint frapper à la porte de Me Derville, avoué près le tribunal de première instance du département de la Seine. Le portier lui répondit que M. Derville n'était pas rentré. Le vieillard allégua le rendez-vous et monta chez ce célèbre légiste, qui, malgré sa jeunesse, passait pour être une des plus fortes têtes du Palais. Après avoir sonné, le défiant solliciteur ne fut pas médiocrement étonné de voir le premier clerc occupé à ranger sur la table de la salle à manger de son patron les nombreux dossiers des affaires qui venaient le lendemain en ordre utile. Le clerc, non moins étonné, salua le colonel en le priant de s'asseoir : ce que fit le plaideur.
« Ma foi, monsieur, j'ai cru que vous plaisantiez hier en m'indiquant une heure si matinale pour une consultation, dit le vieillard avec la fausse gaieté d'un homme ruiné qui s'efforce de sourire.
-- Les clercs plaisantaient et disaient vrai tout ensemble, reprit le Principal en continuant son travail. M. Derville a choisi cette heure pour examiner ses causes, en résumer les moyens, en ordonner la conduite, en disposer les défenses . Sa prodigieuse intelligence est plus libre en ce moment, le seul où il obtienne le silence et la tranquillité nécessaires à la conception des bonnes idées. Vous êtes, depuis qu'il est avoué, le troisième exemple d'une consultation donnée à cette heure nocturne. Après être rentré, le patron discutera chaque affaire, lira tout, passera peut-être quatre ou cinq heures à sa besogne ; puis, il me sonnera et m'expliquera ses intentions. Le matin, de dix heures à deux heures, il écoute ses clients, puis il emploie le reste de la journée à ses rendez-vous. Le soir, il va dans le monde pour y entretenir ses relations. Il n'a donc que la nuit pour creuser ses procès, fouiller les arsenaux du Code et faire ses plans de bataille. Il ne veut pas perdre une seule cause, il a l'amour de son art. Il ne se charge pas, comme ses confrères, de toute espèce d'affaire. Voilà sa vie, qui est singulièrement active. Aussi gagne-t-il beaucoup d'argent. »
En entendant cette explication, le vieillard resta silencieux, et sa bizarre figure prit une expression si dépourvue d'intelligence, que le clerc, après l'avoir regardé, ne s'occupa plus de lui. Quelques instants après, Derville rentra, mis en costume de bal ; son Maître clerc lui ouvrit la porte, et se remit à achever le classement des dossiers. Le jeune avoué demeura pendant un moment stupéfait en entrevoyant dans le clair-obscur le singulier client qui l'attendait. Le colonel Chabert était aussi parfaitement immobile que peut l'être une figure en cire de ce cabinet de Curtius où Godeschal avait voulu mener ses camarades. Cette immobilité n'aurait peut-être pas été un sujet d'étonnement, si elle n'eut complété le spectacle surnaturel que présentait l'ensemble du personnage. Le vieux soldat était sec et maigre. Son front, volontairement caché sous les cheveux de sa perruque lisse, lui donnait quelque chose de mystérieux. Ses yeux paraissaient couverts d'une taie transparente : vous eussiez dit de la nacre sale dont les reflets bleuâtres chatoyaient à la lueur des bougies. Le visage pale, livide, et en lame de couteau, s'il est permis d'emprunter cette expression vulgaire, semblait mort.
Le cou était serré par une mauvaise cravate de soie noire. L'ombre cachait si bien le corps à partir de la ligne brune que décrivait ce haillon, qu'un homme d'imagination aurait pu prendre cette vieille tête pour quelque silhouette due au hasard, ou pour un portrait de Rembrandt, sans cadre.
Les bords du chapeau qui couvrait le front du vieillard projetaient un sillon noir sur le haut du visage. Cet effet bizarre, quoique naturel, faisait ressortir, par la brusquerie du contraste, les rides blanches, les sinuosités froides, le sentiment décoloré de cette physionomie cadavéreuse. Enfin l'absence de tout mouvement dans le corps, de toute chaleur dans le regard, s'accordait avec une certaine expression de démence triste, avec les dégradants symptômes par lesquels se caractérise l'idiotisme, pour faire de cette figure je ne sais quoi de funeste qu'aucune parole humaine ne pourrait exprimer.
Mais un observateur, et surtout un avoué, aurait trouvé de plus en cet homme foudroyé les signes d'une douleur profonde, les indices d'une misère qui avait dégradé ce visage, comme les gouttes d'eau tombées du ciel sur un beau marbre l'ont à la longue défiguré. Un médecin, un auteur, un magistrat eussent pressenti tout un drame à l'aspect de cette sublime horreur dont le moindre mérite était de ressembler à ces fantaisies que les peintres s'amusent à dessiner au bas de leurs pierres lithographiques en causant avec leurs amis.
En voyant l'avoué, l'inconnu tressaillit par un mouvement convulsif semblable à celui qui échappe aux poètes quand un bruit inattendu vient les détourner d'une féconde rêverie, au milieu du silence et de la nuit. Le vieillard se découvrit promptement et se leva pour saluer le jeune homme ; le cuir qui garnissait l'intérieur de son chapeau étant sans doute fort gras, sa perruque y resta collée sans qu'il s'en aperçût, et laissa voir à nu son crâne horriblement mutilé par une cicatrice transversale qui prenait à l'occiput et venait mourir à l'oeil droit, en formant partout une grosse couture saillante.
L'enlèvement soudain de cette perruque sale, que le pauvre homme portait pour cacher sa blessure, ne donna nulle envie de rire aux deux gens de loi, tant ce crâne fendu était épouvantable à voir. La première pensée que suggérait l'aspect de cette blessure était celle-ci : « Par là s'est enfuie l'intelligence ! »
(à suivre)
Honoré de Balzac